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Les maisons d'édition, comment ça marche ?

Publié le 14 Juin 2012 par Christopher Lacan

Youhou ! Quelle n'a pas été ma joie en janvier 2011 lorsque j'ai achevé l'écriture de mon tout premier roman entamée en septembre 2009, le tout premier qui ait réussi à être terminé (hélas oui, plusieurs tentatives ont au préalable échoué...) ! Bon, et maintenant ? D'abord, avoir l'avis de quelqu'un de critique mais d'aussi disponible. Qui ?

Cela a été ma mère. Oh, je vous arrête tout de suite, vous qui vous dites : oui, c'est facile, parce que la maman elle est trop contente que son fiston ait écrit un bouquin que même s'il est nul, elle dira qu'il est trop super génial ! Et blablabla... C'est mal connaître ma mère. Elle est adorable, mais elle a une grande qualité (qu'une de mes amies très proche a également, elle se reconnaîtra sûrement ^^), elle est très franche. Pour certains, cela serait même vu comme un défaut. Moi, je ne le pense pas. Elle m'a clairement dit : si ton livre est mauvais, je te le dirai et je te dirai pourquoi. De toute façon, je la connais trop pour contourner un éventuel mensonge de sa part. Ainsi, le fait qu'elle ait du mal, même à 2h du matin, à refermer mon bouquin et qu'elle repense aux différentes scènes durant la journée n'a fait que confirmer son jugement: elle a vraiment apprécié. J'étais satisfait parce que je sais que si un bouquin ne lui plait pas, elle est comme la plupart d'entre nous, elle ne se forcera pas à le lire.

Néanmoins, et elle a pris son rôle très au sérieux, elle a relevé des incohérences, des fautes, et m'a conseillé certaines améliorations dont j'ai pour la plupart tenu compte. Bref, une fois tout cela remanié et imprimé (en m'étant fait escroqué au passage, certains imprimeurs sont des voleurs ! Petit coup de gueule...), je partis vêtu d'une côte de maille, de mon heaume, de ma lance et j'enfourchai mon fidèle destrier à l'assaut des maisons d'éditions !

Je décidai de voir grand, des fois que... On ne sait jamais, il y a toujours une chance d'intéresser un gros éditeur et dans ce cas, on profite de sa renommée. J'envoyai mon manuscrit chez Robert Laffont et Denoël peu après. Même pas un mois plus tard, réponse négative. Je vous passe les lettres de réponse car elles ne sont pas intéressantes, non vraiment pas. C'est feutré, diplomatique et ennuyeux. J'envoie ensuite mon manuscrit par Internet aux éditions Mnémos... Lesquelles me répondront par la négative presqu'un an plus tard ! Ensuite, c'est au tour des éditions l'Atalante (j'avais un coup de coeur pour elles), lesquelles m'ont renvoyé mon manuscrit un peu abîmé, sans aucune lettre ni quoi que ce soit près d'un an après là-aussi ! J'en trouve une autre, les éditions Lavolte, à qui j'envoie mon manuscrit en mai 2011... J'attends toujours leur réponse à ceux-là ! Même si c'est non, qu'ils me rendent au moins mon manuscrit, j'ai payé pour ça ! Et aucune réponse à toutes mes sollicitations. Je tente ensuite les éditions Belfond (j'étais en contact avec une ancienne employée de ces éditions) mais il ne leur a pas fallu un mois pour me renvoyer mon manuscrit... Plus deux ou trois autres dont j'ai fini par oublier le nom, lassé. En tout, près d'une dizaine. Je me trouvai à court de maisons d'éditions, ou qu'elles aient déjà refusé mon manuscrit, ou qu'elles n'en acceptent aucun (surcharge) ou qu'elles aient tout simplement déposé le bilan.

Que retirer de toutes ces péripéties ? D'abord, et j'en ai eu la confirmation sur des forums et à la suite d'échanges avec quelques écrivains en devenir : les manuscrits ne sont pas lus. Ou plutôt si, les deux premières pages, une ou deux pages au hasard dans le livre et la fin ! C'est tout. J'ai pu constater qu'au delà de quelques pages, les feuilles de mon manuscrits étaient vierges, non cornées. Comme se faire une idée d'un livre en en lisant seulement quelques pages ? C'est ubuesque ! Mais c'est une adaptation à une dure réalité: les maisons d'édition reçoivent trop de manuscrits et n'ont pas beaucoup de temps à leur consacrer. Elles font au plus vite. Malheur à l'inconnu ou à celui qui n'a pas une première page accrocheuse et qui fera s'afficher des euros dans les yeux de l'éditeur. Car oui, l'éditeur veut gagner de l'argent et évidemment en perdre le moins possible. D'où son intérêt de miser sur quelqu'un de déjà connu. Voilà pourquoi vous voyez tout un tas de bouquins sur les politiques, les stars et autres célébrités dans les lieux de vente. Ce sont des gens connus et on veut tout savoir sur eux ! Alors on achète les bouquins qui parlent d'eux.

Il est donc très (quinze fois à la suite) difficile de voir son roman édité lorsque l'on est un parfait inconnu (comme moi ^^). Mais le pire dans cette histoire, c'est que même si l'on est publié, il y a fort à parier pour que l'on ne vende que peu de bouquins et qu'au bout de quatre mois, les livres invendus (par exemple, Gallimard fait imprimer 4000 bouquins de ses nouveaux auteurs, et pour 90 % d'entre eux, n'en vendra que 300 !) soient envoyés en destruction !

Pas très reluisant tout ça... Et vous n'avez encore rien vu ! Parlons des droits d'auteur, une escroquerie aussi vaste que celle dont sont victimes les agriculteurs. Que trouve t'on dans le prix d'un livre ? Prenons l'exemple d'un bouquin vendu 20 €.

On retire 7% de TVA (merci Sarko !), ce qui donne le prix HT : 18,60 €. Sur ce prix, un libraire indépendant va prendre 30 % de marge (soit 5,58€), alors qu'une grande surface va prendre jusqu'à 40 % de marge (soit 7,44 €). Il ne reste plus que 11 à 12 €. On considère que l'imprimeur va prendre environ 20 % du prix HT, soit 3,72 €. Il ne reste plus que 7 à 8 € environ. Eh bien sur ces 7 à 8 €, seuls 0,93 € à 1,86 € iront dans la poche de l'auteur, le reste à l'éditeur (qui paiera les charges de son entreprises, ses employés, les illustrateurs, les correcteurs, les lecteurs). C'est ce que l'on appelle les droits d'auteur. Ceux-ci tournent généralement autour des 5 à 10 % du prix du livre HT, parfois un petit peu plus (mais il faut vendre beaucoup, et ça ne dépasse jamais 14 %), souvent moins (3 %, voire rien du tout tant que 1000 exemplaires n'ont pas été vendus !).

Revenons à l'exemple de Gallimard: un auteur qui aura la chance de publier chez eux mais en ne vendant que 300 exemplaires ne gagnera que 446 € (pour 8 % de droits d'auteur). Ce n'est pas beaucoup. Je conçois tout-à-fait que le premier moteur de l'écriture reste l'envie de raconter des histoires et de les partager avec les autres, mais tout-de-même, il faut reconnaître que si on peut gagner un peu en plus, cela n'est pas désagréable. Bref, c'est celui qui accomplit le moins de travail (le libraire ou le chef de rayon) qui gagne la plus grosse part et celui qui fournit le plus de travail (l'auteur) qui doit se contenter des miettes ! Triste réalité que j'ai découverte...

En résumé, si l'aventure vous tente, ayez à l'esprit que c'est une entreprise longue, fastidieuse, assez cruelle et difficilement rentable (je vais dégoûter tout le monde, là). On perd même de l'argent, rien qu'en frais de Poste, parce que les éditeurs demandent des textes aérés, imprimés seulement en recto, alors forcément cela fait beaucoup plus de pages et c'est donc bien plus lourd : tout bénef pour La Poste ! D'autant plus si comme moi, vous souhaitez récupérer votre manuscrit. Dans ce cas, vous payez deux fois les frais de port (ce n'est même pas la peine de compter sur les maisons d'édition, cela leur coûterait trop cher). Je n'en dirai pas beaucoup plus sur les éditeurs, vu qu'ils ne s'intéressent pas à moi, je ne vais pas plus m'intéresser à eux !

Comme le dit l'acteur Gary Oldman alias Zorg dans le Cinquième Élément : "si vous voulez une chose, faites-le vous-même ! " (oui, je suis fan de cette réplique, et donc fan du Do It Yourself, en abrégé DIY).

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